St Thibault le 8 Janvier 1811.
Mémoire Présenté à Son Excellence Monseigneur Le Ministre de l'Intérieur par les Habitants du Port de St Thibault sur Loire, et les Commerçants fréquentant Ce Port.
Monseigneur,
Les Commerçants Soussignés, habitant et fréquentant le port St Thibault Sur Loire, ont l'honneur de Vous adresser leurs très humbles représentations sur une erreur qu'ils pensent avoir été faite à leur égard dans les bureaux de Monsieur Le Comte Molé, Conseiller d'Etat Directeur général des ponts et Chaussées, et de la navigation d'approvisionnement.
Monsieur le Comte Molé, Directeur général des ponts et Chaussées ayant délivré sous la date du 21 février 1810 une Commission de Garde-port de St Thibault au Sr françois Dequingand, les très humbles Soussignés ont cru devoir adresser à Mr. Le Conseiller d'Etat Directeur général des ponts et Chaussées leurs respectueuses observations sur la Création de cette office en demandant la suppression d'après les raisons qu'ils en ont déduites dans leur pétition du mois de Juin dernier, dont ils Joignent ici une Copie Sous le No 1er.
Loin de Se Voir favorablement accueillis dans leur demande, il a été enjoint, par Monsieur le Conseiller d'Etat Directeur général des ponts et Chaussées, aux Petitionnaires d'etre à l'avenir plus Circonspects et de payer les droits de port en vertu de la commission délivrée au Sr françois Dequingand. Ces ordres adressés à Mr le Général Préfet du Cher Baron de l'Empire leur ont été notifiés par Mr le Maire de la Commune de St Satur sous la date du 14 du Courant. Ils en Joignent également ici copie sous le No 2.
Qu'il Soit Permis, Monseigneur, aux Suppliants de Vous rendre exactement compte des localités et des faits, ils espèrent que Votre Excellence reconnaîtra que Monsieur le Conseiller d'Etat Directeur général des ponts et Chaussées a été de tout point induit en erreur Sur les renseignements qui ont donné lieu à Sa réponse.
1°. Parmi les quarante huit signataires de la pétition, adressée a Mr le Conseiller d'Etat au mois de Juin dernier, Six Seulement ne sont point Commerçants patentés.
2°. Ils Conviennent que le port de St Thibault est un port d'arrivage Si on l'entend dans le Sens : qu'il peut y arriver des marchandises aussi que partout ailleurs ; mais non dans Celui où l'on dit, qu'il y arrive beaucoup de marchandises, merrains, bois de chauffage etc. Il est de notoriété publique que les merrains qui s'employent pour l'usage du Vignoble avoisinant le port, et les bois de chauffage qui se consomment dans le pays s'exploitent dans le Département du Cher et presque tous sur les lieux-mêmes; que Jamais peut-être une Seule Corde de bois venant de la Loire n'a été conduite à la Ville de Sancerre qui n'en est distante que d'une petite demi-lieue.
En réponse à cette assertion : « que le port de St -Thibault est un port d'assise - parce que les marchandises y restent en dépôt Jusqu'à ce qu'elles Soient Vendues... »
Les Soussignés qui mieux que personne Connaissent l'importance des affaires qui se font Sur ce port, ne craignent point d'assurer à Son Excellence qu'il ne s'y vend pas Sur place pour 600 f. (francs) de marchandises par an. que toutes celles qu'on y décharge ont une destination et Sont enlevées aussitôt, à l'exception toute-fois de quelques Cercles qui s'y vendent en détail pour l'usage du Vignoble. Que la Seule partie qui donne un air de Mouvement et d'activité à Ce port est celle des vins qui s'y embarquent pour la Capitale y allant à la Vente ou à destination. Et qu'enfin il n'est encore pas d'Exemple qu'il Se Soit Jamais Vendu une Seule piece de Vin Sur Ce port.
Ils osent dire tout-à-fait erronnée cette opinion : « que le port de St Thibault est un port d'embarquement parce qu'il s'expedie sur ce port entre autres objets des Vins qui y Sejournent Jusqu'au moment où les eaux permettent de les charger ou de les descendre... »
Il Seroit contre tout raison d'amener à l'avance Sur un port des marchandises qui par leur nature, Comme les Vins Craignent tant l'intemperie des Saisons.
Les Vins, Seuls production et Seule branche de Commerce un peu importante du pays, Se Chargent a toutes eaux, et Jamais marchand n'en a fait conduire une Seule piece à l'avance Sur ce port pour y attendre la Crue de la Loire ; il en profite Seulement pour partir S'il Se trouve prêt à propos. Les Soussignés Sont, pour l'ordinaire, obligés d'emmener 3 et même 4. bateaux à Briare, pour là n'en faire qu'un Seul chargé à la tenue du Canal.
Les plus légers renseignements que l'on voudroit bien Se donner la peine de prendre Sur les faits prouveroient que Ce que les Soussignés avancent est Sans réplique.
3°. Il Est de fait Constant et resultant des localités mêmes que le Port de St Thibault est insuffisant par Son emplacement non Seulement au dépôt d'aucunes marchandises, qui aux Termes des réglements de police Sur les ports, doivent toujours laisser libre un espace qui ne peut être moindre de dix métres pour les Chemins de halage, mais ne peut même pas Suffire à la réception des vins lors qu'ils arrivent Concurremment du Vignoble ; Et que les Soussignés dans ces Circonstances Sont obligés d'attendre qu'une expédition Soit faite pour procéder à une autre.
Le port de St Thibault formant à peu près un demi Cercle Sur lui meme dont le milieu est Saillant Sur la Loire, est garni de maisons, tout le long, et en face de ce fleuve de maisons qui ne laissent libre qu'un emplacement de neuf, dix et onze métres dans Sa plus grande largeur Sur toute Son étendue, Il est donc de toute impossibilité qu'aucunes marchandises y Stagnent Sans obstruer la Voie publique ou le Chemin de halage.
4°. Les Soussignés et principalement les Négociants patentés déclarent que c'est bien faussement et très méchamment que l'on a fait entendre à mr le Conseiller d'Etat, Comte Molé (Directeur général des ponts et Chaussées) qu'ils avoient refusé de se Conformer à la décision de Son excellence le Ministre de l'intérieur ; Attendu que Ce n'est que du 14. de Ce présent mois de Janvier 1811. qu'elle est parvenue à leur Connaissance ayant été publiée par mr le nouveau Maire de St Satur en Vertu des ordres à lui transmis par mr le Préfet du Cher Baron de l'Empire. Et pour mettre Son Excellence à même de Juger leur Conduite ; et pour éclairer Sa religion Sur le Compte du garde-Port nommé à St Thibault ils Croyent devoir lui Soumettre les Détails Suivans.
Le Sr françois Deguingand investi dès le mois de Pluviôse an IX, ou Janvier 1802. de la place de maire de St Satur est toujours resté en fonctions Jusqu'au 22 mois de novembre dernier, Voyant que Son remplacement, grandement désiré, étoit Sur le point d'être effectué Crut devoir Chercher une place ; il a donc fait démarches Sur démarches pour Se faire nommer garde port à St Thibault, S'occupant peu S'il y avoit utilité ou non. Et malgré les observations de tous les honnêtes gens Sur l'inconvenance de Ses demandes il est parvenu à Se faire délivrer la Commission de Garde-port Sous la date du 21. février 1810. Désireux de percevoir la rétribution qui lui étoit allouée Suivant le tarif y annexé il en a à plusieurs fois demandé le payement ; mais inutilement, parce que les Soussignés Se fondoient dans leur refus. 1°. Sur Ce que rien, d'émané de l'autorité Supérieure et rien d'officiel ne leur avoit été notifié ; 2°. Sur Ce que le Sr françois Dequingand Soutenoit hautement qu'il n'étoit obligé à aucuns devoirs, à aucunes fonctions, et ~~leur~~ (mot raturé) proposoit meme des abonnements annuels. 3°. Sur Ce qu'ils ne pouvoient Se persuader qu'il put être à la fois maire de la Commune de St Satur et garde du port de St Thibault qui en dépend. 4°. Sur Ce que le Sr françois Dequingand fortement pressé, par mr le général préfet du Cher, Baron de l'Empire, d'opter entre ces deux emplois, donna définitivement Sa démission de Celui de Garde port en date du 5. Juin 1810. pour Conserver la place de maire, Ce qui demeure Clairement prouvé par les deux Copies de lettres Ci Jointes Sous les Nos 3. et 4.
Le Sr françois Dequingand est donc resté faisan fonctions de maire de la Commune de St Satur Jusqu'au 22. novembre 1810. où Son remplacement étant enfin arrivé il en a Cessé l'exercice ; alors et depuis il a fait revivre Sa Commission de garde-port, S'est intrigué de nouveau et n'a cessé de tourmenter les Soussignés pour Ce qu'il prétend lui être dû pour le tems même qu'il S'était démis de cette place.
Les Soussignés qui Sauront toujours Se renfermer dans les bornes du profond respect qu'on doit à Votre excellence ne Se permettront pas, Monseigneur, de vous fatiguer par le recit de Certains faits peu honorables au Sr françois Dequingand. Il en trouvera Sa récompense dans l'opinion de Ses Concitoyens ; mais indignés des mauvais Services qu'il leur a rendus au près de monsieur le Conseiller d'Etat Directeur général des ponts et Chaussées (ajouté en interligne), C'est à Vos pieds, Monseigneur qu'ils ont Cru devoir en porter leur justification.
Quant à l'utilité dont on prétend qu'un Garde Seroit aux Soussignés pour la Surveillance qu'il exerceroit, Ils Croyoient y avoir Suffisamment répondu par l'art. 3. de leur pétition, à mr. le Conseiller d'Etat Directeur général des ponts et Chaussées ; puisque l'on ne Se Contente pas de Cette premiere réponse, ils observeront en outre que les Vins qui Sont presque le Seul objet interessant de Commerce du pays, et qui font tout le mouvement du port de St Thibault Sont déposés dans leurs magasins ou dans leurs Cours pour la plus grande partie ; que ceux que l'on décharge des Voitures Sur le port pour n'y rester que 3. à 4. Jours au plus, Sont absolument Sous leurs yeux et Confiés à leurs mariniers qui par la nécessité où ils Se trouvent de veiller la nuit leurs bateaux exercent une Surveillance bien plus active et bien plus Sure que ne pourroit le faire un garde-port remplissant Scrupuleusement Ses devoirs. D'ailleurs peut-on assimiler le port de St Thibault très peuplé pour Sa petite étendue, habité par les négociants qui en font le principal Commerce, aux ports de la Loire et des autres rivieres et Canaux où il n'y a Souvent d'autre habitation que Celle du garde-port.
Ces faits exactement Vrais dans tous leurs points démontrent assez Clairement que l'Etablissement d'un Garde port à St Thibault loin d'être profitable et utile au public et au Commerce (ajouté dans la marge) lui est au Contraire préjudiciable & onéreux.
5°. Les Signataires de la pétition présentée à mr le Conseiller d'Etat, Directeur général des ponts et Chaussées, Composant tout le Corps des Commerçants de St Thibault Sancerre, Cosne et Pouilly qui aïent quelques relations Sur Ce port, ont droit de S'étonner qu'on motive la nécessité de l'établissement d'un garde-port à St Thibault Sur Ce que des Commerçants intéressés à la fréquentation de Ce port ont demandé qu'il fut Compris au nombre de Ceux Compris dans l'organisation de la Loire et présenté eux mêmes des Candidats. quels Sont donc ces Commerçants ? qui a Songé à Présenter Monsieur françois Dequingand, maire de St Satur, pour remplir les fonctions de garde-port ?
Monseigneur, Vos très humbles et respectueux Serviteurs loin d'être Coupables de la moindre idée de résistance à Vos ordres Sont tout prêts de Se Soumettre entièrement à tout Ce qu'il vous Conviendra leur faire Notifier ; Et Si dans Votre Sagesse il vous plait laisser exister un Garde port à St Thibault, daignez leur permettre de reclamer pour Ce port la faveur de l'exemption des Droits, pour les Vins Seulement qui n'y Sont assujettis dans aucuns des ports des Canaux et rivieres de l'Yonne, de Loing, et de la Loire-même tels qu'à Roanne, Pouilly près Roanne, Digoin etc.,
Les Soussignés Seroient-ils assez malheureux pour que vous ne les Jugeassiez pas en droit de Jouir de cette disposition, favorable ainsi qu'ailleurs.
Ils Esperent tout, Monseigneur, de Notre Bonté et de Notre Justice, et ils en auront pour Jamais et très profondément gravé dans la mémoire le Souvenir de Gratitude et de reconnaissance.
Ils ont l'honneur d'etre Monseigneur De Votre Excellence avec le plus profond Respect et la Soumission la plus humble Vos très obéissants Serviteurs
Signé. Serveau jeune, Quillier fils, Lechelon fils, Groslier Thuillier, Dugenne Davin, Dequingand Patient, maréchal Mouillon, de St Thibault. Quillier La motte pere, Alexis Legrand, Judou de Cosne; et Mouillon de Pouilly.